J’aime jouer avec l’image : qu’est-ce qu’une ligne ? Que raconte l’espace nu du papier ? Que se passe-t-il quand je laisse la matière couler, s’étendre, déborder ?
Ces interrogations entament une conversation entre les composantes du dessin : le support, l’outil, le médium, la trace, la forme, la couleur, la chose représentée, etc. ; — il s’agit de danser dans cette forêt d’éléments de nature différente pour y découvrir des passerelles et des liens signifiants.
Un vocabulaire esthétique en évolution s’engendre : la ligne crée une surface ; le point devient volume ; la perspective répond au modelé. Le sens entre en migration : la cellule se transforme en corail ; l’arbre en système nerveux ; le nuage en invertébré…
Ma recherche s’organise en explorations sérielles, en variations autour d’un processus qui privilégie le contingent, l’accidentel et l’aléatoire : la tache génère la structure du dessin ; l’accident induit une autre organisation que précédemment. La juxtaposition de corps a priori étrangers enrichit le langage plastique : le géométrique dialogue avec l’organique ; le figuratif avec l’informel ; la trame avec le hasard.
De ces frottements naissent des combinaisons hétéromorphes, par nature abstraites et évocatrices. L’enjeu est d’exhumer une morphogénèse qui surprenne par sa richesse poétique et de décrire un cheminement dans le potentiel de l’accident.
Dès lors, le questionnement pictural est nourri de la rencontre d’objets théoriques avec l’univers concret et intuitif de forces physiques en action (gravité, mouvement, temporalité, tensions, vibrations, etc.).
Ma démarche de création convoque l’expérience de la lenteur et du hasard : un échange s’instaure avec la surface vierge du papier et donne lieu à une sémantique enrichie de la profondeur illimitée du support et de la forme inattendue du dessin. |